
On entend souvent dans les médias que la confiance du public envers la science est en berne, voir qu’une forme de méfiance monte. Mais aucune donnée scientifique ne vient étayer cet avis. Des scientifiques ont donc travaillé à documenter cela, avec des données qui viennent d’être publiées dans la prestigieuse revue Nature Human Behavior. L’étude menée dans 68 pays montre au contraire que la majorité des personnes font confiance aux scientifiques et à leurs méthodes, bien que tout ne soit pas si rose comme nous allons le voir.
L’article met d’abord en lumière des différences entre pays et groupes démographiques : les femmes, les personnes âgées et les individus avec un niveau d’éducation plus élevé affichent généralement une confiance plus élevée. A contrario il y a une confiance plus faible chez les hommes, conservateurs, et ayant un score élevé d’orientation de la dominance sociale (i.e. l’acceptation, voir le désir, qu’un groupe social puisse dominer un autre groupe).
Bien que l’ensemble des pays aient un niveau de confiance élevé envers les scientifiques, l’article indique que des minorités plus méfiantes (10% suffisent) pouvaient avoir une influence décisive sur les politiques publiques à l’opposé du consensus scientifique, notamment sur des sujets comme le changement climatique. Les chercheurs proposent que des efforts ciblés soient mis en place pour comprendre et répondre aux attentes de ces groupes, pour renforcer leur confiance envers la science.
Les scientifiques eux-mêmes ont du pain sur la planche, car la perception du public reste faible quant à leur ouverture et à leur transparence. Pour renforcer la confiance, ils sont encouragés à s’engager à dialoguer avec le public (écouter, comprendre, échanger), que ce soit à propos de leurs résultats ou de leurs sources de financement.
Et des efforts, il va falloir en faire pour les scientifiques. En effet un autre article sorti le même jour dans la toute aussi prestigieuse revue PLOs Biology vient documenter la perception des chercheurs sur la science (avec un focus sur la biomédecine). Résultats ? 72% d’entre eux pensent qu’il y a une crise de reproductibilité des résultats, ou pourquoi la pression mise sur les équipes mène à des recherches impossibles à reproduire, inapplicables, et fausses. Ici quand on parle de pression, on parle de la course à la publication, c’est-à-dire l’obligation de faire du volume : publier toujours plus, dans des journaux toujours plus importants. Or, les fonds de recherche ne permettent quasiment jamais de reproduire une étude précédente.
Ainsi si le public fait globalement confiance aux scientifiques, les scientifiques semblent douter d’eux-mêmes et du système de publication et de financement de la recherche. Restons positifs, et espérons que les politiques de recherche prendront cela en compte, améliorant tant la qualité de la recherche que la confiance des citoyens !
