Comment le cerveau adolescent façonne les chefs (et leur stress) : le rôle clé de la neurogenèse dans la dominance sociale

Les animaux sociaux s’organisent presque toujours en groupes hiérarchiques, avec un dominant et des subordonnés. Cette organisation permet de mieux gérer les ressources, mais aussi de gérer les conflits entre individus. Du point de vue du chef, être au sommet de la pyramide apporte son lot d’avantages, dont l’assurance de se reproduire, mais aussi son lot de problèmes comme une anxiété constante. Cette tendance, présente aussi chez l’Humain, pose la question des bases neurophysiologiques de l’organisation sociale : pourquoi certains individus deviennent-ils dominants dans un groupe social ? Est-ce que de le développement d’une personnalité anxieuse est un pré-requis pour devenir dominant, ou est-ce le pouvoir qui rend nerveux ?
Une équipe de l’université de Lausanne en Suisse s’est attaqué à la question en utilisant la souris comme modèle, notamment dans la période de l’adolescence où le statut social se stabilise au sein des groupes. Ils sont allez voir non seulement du côté des comportements de domination, mais aussi de celui de la neurogénèse hippocampique. Qu’est-ce que c’est ? Et bien tout simplement la capacité de former de nouveaux neurones au niveau de l’hippocampe, la zone de la mémoire qui est aussi fortement impliquée dans le stress.
Ils ont notamment observé chez les souris adolescentes que moins il y avait de neurogénèse dans l’hippocamgne, plus l’anxiété et la position hiérarchique étaient élevés. Ils ont ensuite inhibé la neurogénèse au début de la formation des groupes sociaux, ce qui a eu pour effet d’augmenter l’anxiété et les comportements de dominance. Anxiété et dominance auraient donc des mécanismes communs, et ils iraient de pair ? Pas tout à fait, car ils ont reproduit cette expérience, mais cette fois sur des souris isolées, donc avant la formation d’un groupe : une fois en présence d’un groupe celles-ci s’avéraient tout aussi dominantes, mais bien moins anxieuses !
Cela indique qu’au niveau de l’hippocampe, le niveau de dominance peut être géré indépendamment du stress. Ainsi, les liens entre stress et dominance peuvent être dûs à des phénomènes plus complexes qu’il n’y parait.
Surtout, cela permet de comprendre les groupes sociaux avec plus de finesse que cette dichotomie chef/soumis : les chercheurs poursuivent l’exemple de la souris (sauvage), chez qui les mâles qui ne sont pas en haut de la pyramide (quasi-tous) peuvent soit rejoindre les rangs et suivre le chef, soit partir et fonder une nouvelle colonie. Ainsi, les mécanismes révélés par les chercheurs pourraient servir une stratégie évolutive : les individus anxieux et à faible neurogenèse resteraient défendre leur territoire, tandis que ceux avec une neurogenèse plus élevée préféreraient explorer de nouveaux espaces que de rester sous le joug d’un autre chef. Comme quoi en partant de quelques neurones de la souris, on en arrive à mieux comprendre des comportements de groupe complexes !

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