De l’appétit au dégoût après une intoxication alimentaire

Comment notre cerveau apprend qu’un aliment nous rend malades… des heures après l’avoir goûté ? C’est intuitivement différent du dégoût classique : imaginez mettre dans votre bouche un aliment au goût épouvantable, vous ne l’avalerez même pas. Par contre si vous adorez les fruits de mer, si le lendemain vous êtes malade, vous n’en mangerez plus pendant quelque temps. Il existe donc forcément un mécanisme cérébral qui permet de faire cette association, en prenant en compte ce délai ! Mais où ?
Des chercheurs ont identifié chez la souris de nouveaux signaux de malaise digestif. Tout se passerait au niveau de l’amygdale, une région clé de la mémoire émotionnelle, capable de réactiver les souvenirs des saveurs récentes. Ils ont ainsi découvert que certains neurones de l’amygdale se réactivent spécifiquement lorsque la souris ressent un malaise digestif, plusieurs minutes après avoir mangé. Cette réactivation ciblée permettrait au cerveau de lier une saveur particulière à une conséquence négative, même si celle-ci survient avec un retard important. En l’absence de malaise, les souvenirs des saveurs récentes s’effacent progressivement. Par contre si un signal digestif aversif survient, il renforce et stabilise la trace mnésique du goût associé.
Cette relecture neuronale permet de consolider l’aversion – l’envie de repousser un aliment – et de l’associer à des saveurs pourtant délicieuses, même longtemps après l’ingestion. Ce processus, crucial pour éviter les aliments toxiques, repose sur une coordination fine entre signal digestif et mémoire sensorielle. Ces travaux pourraient éclairer d’autres formes d’apprentissage à retardement, comme l’attirance pour les aliments nutritifs.

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