Alcool chronique : des différences entre mâles et femelles au niveau cérébral

L’alcool chronique ne nuit pas seulement au foie : il modifie aussi notre capacité de prise de décision. Mais il existe des différences de susceptibilité suivant le sexe, les femmes étant moins fréquemment (mais aussi sévèrement) touchées que les hommes. Ces différences pourraient-elles être portées par des bases cérébrales ?
Pour répondre à cette question, des chercheurs ont exposé des rats mâles et femelles à une consommation prolongée d’alcool, puis les ont soumis à un test de flexibilité cognitive, demandant aux animaux de s’adapter rapidement à des changements de tâches pour profiter de la meilleure récompense. Les mâles deviennent plus rigides, explorent moins les alternatives, et privilégient davantage les choix précédemment récompensés. L’alcool pourrait ici augmenter l’incertitude et réduire l’envie de découverte (on parle d’exploration pour les rats), ou encore favoriser l’évitement de l’incertitude après un échec. Chez les femelles, les changements sont plus subtils : peu d’effets visibles sur le comportement, mais des altérations cérébrales distinctes.
Quelles sont-elles ? Les chercheurs ont principalement creusé les différences au niveau du striatum, une région clé du cerveau pour la prise de décision. En effet l’alcool y modifie durablement l’intégration neuronale, mais de manière différente selon le sexe : si chez les mâles il désorganise les signaux liés aux choix et renforce ceux liés aux récompenses passées, chez les femelles il augmente la sensibilité aux décisions prises et prolonge la trace laissée par leurs conséquences.
Ces résultats révèlent que l’alcool perturbe durablement les circuits de décision du cerveau, avec des effets qui pourraient être différents selon le sexe. Cela pourrait en partie expliquer pourquoi l’alcoolisme est plus fréquent chez l’homme que chez la femme.

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