Les bonobos aussi détestent l’injustice

La coopération est au cœur du mode de fonctionnement humain, depuis les premiers hommes jusqu’à nos sociétés modernes complexes. Mais pour que ces capacités se maintiennent au fil de l’évolution, il faut que les comportements de coopérations soient stables, réguliers, et surtout équitables. Ainsi, la résilience du modèle social coopératif viendrait en partie d’une capacité émotionnelle : l’aversion -le rejet- pour l’iniquité, qui empêche les individus de cesser de travailler ensemble dès la première déconvenue ou arnaque venue.
Chez les primates, on pense que les chimpanzés et les capucins montrent des signes d’aversion à l’iniquité. Mais le doute scientifique persiste, car toutes les expériences réalisées pourraient être expliquées par le fait que ces singes sont simplement… de parfaits égoïstes, jaloux de l’attention portée aux autres par les scientifiques (on parle de “déception sociale”)! Alors pourquoi ne pas alors aller voir du côté des bonobos, de véritables champions de la coopération pacifique ?
Pour ce faire, des chercheurs ont testé les réactions d’aversion à l’iniquité de bonobos en leur donnant une récompense alimentaire, tout en leur permettant de voir un autre bonobo recevoir aussi une récompense. Lorsqu’ils recevaient une récompense moins bonne que leur partenaire, ils refusaient plus souvent de participer au jeu, signe d’une sensibilité à l’injustice. Puis en remplaçant l’expérimentateur par une machine (pour éviter toute impression de favoritisme de la part de l’expérimentateur), les refus se sont révélés encore plus fréquents, ce qui exclut l’hypothèse d’une simple déception sociale.
Cette étude suggère que les bonobos possèdent un sens de l’équité développé, probablement lié à leur fort niveau de coopération sociale. Cela pourrait refléter soit un mécanisme ancestral de promotion de la coopération dans notre lignée évolutive (un ancêtre commun avec l’humain), soit une évolution indépendante mais convergente en réponse à des pressions sociales similaires. Mais les chercheurs penchent plutôt pour une évolution spécifique aux bonobos, puisque les chimpanzés ne montrent pas les mêmes niveaux d’affects. C’est le fort niveau de coopération sociale des bonobos qui pourrait avoir favorisé l’émergence de ces comportements !

Article source