
Transformer les signaux cérébraux en mots compréhensibles est un défi scientifique majeur. Jusqu’ici, les interfaces cerveau-machine proposés aux personnes paralysées et privées de langage étaient capables de générer quelques phrases, avec une grande latence entre chaque mot, mais pas de parler de façon fluide et rapide. Une équipe américaine vient pourtant de franchir un cap impressionnant.
Ils ont implanté un réseau d’électrodes à haute densité sur la surface du cortex moteur, dans la partie dédiée à l’articulation de la parole, chez une patiente atteinte d’anarthrie, c’est-à-dire dans l’incapacité totale de parler malgré une intention intacte de le faire. Le protocole ? Lui faire lire des phrases en silence, avec l’intention de les prononcer. Cela a permis de cartographier les neurones du cortex moteur activées par la prononciation des mots — non pas la pensée du mot, mais le signal moteur que le cerveau enverrait normalement pour articuler ce mot. La matrice d’électrodes ne fait donc pas de la « lecture de pensées », mais plutôt une lecture du mouvement que le cerveau tente d’exécuter.
Un modèle d’intelligence artificielle calquée sur ceux de systèmes tels qu’Alexa ou Siri a ensuite été entraîné à partir de ces données pour générer un flux vocal continu, personnalisé avec la voix pré-accident de la patiente. Résultat : une parole intelligible, fluide, et surtout continue.
Certes, il y a encore du progrès à faire, notamment en trouvant le moyen de donner de l’émotion à la voix. Mais c’est déjà un bond en avant pour aider les patients privés de parole à communiquer à nouveau, et qui pourrait permettre au plus gravement touchés de retrouver une forme de sociabilisation.
