Montres connectées : fiables pour le sommeil, pas pour le stress ?

Difficile aujourd’hui d’échapper aux montres connectées. Elles suivent notre sommeil, comptent nos pas… et affichent même notre niveau de stress. Sur le papier, rien de plus logique : des données physiologiques, objectives, devraient refléter parfaitement notre état mental. Mais est-ce vraiment le cas ?
Pour répondre à cette question, des chercheurs néerlandais ont eu une idée simple : confronter ces mesures à de mini-questionnaires remplis plusieurs fois par jour. Réalisables en moins de deux minutes, ces questionnaires appartiennent à la famille des EMA (Ecological Momentary Assessment, que l’on pourrait traduire par “évaluations ponctuelles en contexte écologique”) et proposent, par exemple, de donner une note à la question : « Je me sens stressé(e) en ce moment ». Moins high-tech que les montres connectées, plus anciens, ces EMA capturent eux aussi “l’état du moment”, mais à travers ce que la personne dit ressentir, donc de manière subjective.
Pendant trois mois, 1 200 personnes ont porté une montre Garmin et répondu à ces micro-sondages EMA. Résultat : les mesures physiologiques du sommeil correspondaient plutôt bien aux réponses des participants, la fatigue montrait un lien plus timide… et pour le stress, quasiment aucune correspondance entre physiologie et questionnaire ! Autrement dit, état physiologique et ressenti du stress ne semblent pas vraiment aller de pair. Un constat qui va à l’encontre de ce que les technologies promettent… et même, dans une certaine mesure, de ce que montrent certaines études en laboratoire !
A cela, les chercheurs avancent plusieurs explications : limites des algorithmes embarqués sur les montres Garmin, imprécision des auto-évaluations, mais aussi manque de contextualisation des données (une hausse du rythme cardiaque peut tout aussi bien traduire du stress que de l’excitation). On pourrait en ajouter une autre : demander à quelqu’un s’il est stressé, c’est supposer qu’il le sait – et qu’il a accès à ses émotions comme à ses réactions physiologiques. Ce n’est pas toujours le cas, et c’est le problème des questions subjectives. Et c’est peut-être là qu’est le véritable mystère : entre ce que l’on ressent, et ce que l’on vit réellement, il y a parfois un gouffre.
Morale : la technologie peut être un formidable outil, mais il faut garder un œil critique sur ce qu’elle prétend mesurer. Derrière un chiffre affiché sur écran, il y a parfois… beaucoup d’incertitudes. Et pour l’instant, la science n’a pas encore toutes les clés pour les lever.

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