Quand canicule et pollution façonnent le cerveau des enfants

Notre planète subit un dérèglement climatique rapide, qui peut encore sembler abstrait à certains. Pourtant, les personnes âgées souffrent déjà des vagues successives de chaleur. Mais qu’en est-il des enfants à naître ?
En effet, on sait déjà que la période prénatale représente une période critique, durant laquelle l’environnement peuvent bouleverser le développement normal du fœtus, via des altérations épigénétiques, du stress oxydatif et des perturbations hormonales.
C’est dans ce contexte que des chercheurs se sont penchés sur l’effet combiné de la chaleur et de la pollution atmosphérique sur le niveau de progestérone, une hormone qui joue un rôle clé dans la maturation cérébrale et la régulation des réponses au stress. Les chercheurs ont étudié 250 sujets new-yorkais, une ville fortement polluée et sujette aux canicules. Ils ont croisé les données de chaleur et de pollution subies par les mères enceintes, avec des mesures de progestérone dans les cheveux de leurs enfants 3 ans plus tard, puis avec leur comportement observé à 5 ans.
Si la pollution seule montre des effets négatifs, ceux-ci restent limités. Mais lors de la grossesse, quand pollution et canicules se cumulent, les effets sont bien plus graves : à l’âge de 3 ans, la progestérone des enfants augmentait significativement, et à 5 ans ils montraient des signes de troubles comportementaux, allant de l’anxiété et l’irritabilité à des difficultés de régulation émotionnelle, voire à des comportements d’opposition et d’agressivité.
Les chercheurs supposent que le stress thermique prénatal déclencherait des réactions physiologiques chez la mère : élévation du cortisol, altération du fonctionnement du placenta et inflammation pouvant perturber le développement cérébral de l’enfant.
Ces résultats révèlent pour la première fois un mécanisme biologique clair reliant l’environnement prénatal (chaleur + pollution) à la santé mentale future. Au-delà du constat scientifique, ils soulignent surtout l’urgence d’agir : les populations urbaines vulnérables, déjà les plus exposées aux vagues de chaleur et à la pollution, pourraient payer le prix fort sur plusieurs générations. Outre le fol espoir de stopper le dérèglement climatique, il faut aussi se demander comment protéger les plus vulnérables dans un monde où vagues de chaleur et pollution deviennent la norme.

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