Comprendre la dépression à travers les réseaux cérébraux de l’anxiété et de la motivation

Anxiété et motivation sont interconnectées. En effet, l’anxiété peut à la fois stimuler et inhiber la motivation, selon le contexte et l’intensité de l’émotion ressentie : modérée, elle pousse à agir, excessive, elle paralyse. Difficile donc de séparer ces deux facteurs !


Des études indiquent que certaines régions du cerveau jouent un rôle crucial dans la régulation de ces émotions et comportements, comme le cortex préfrontal dorsolatéral (DLPFC, ou Aire 46, pour les intimes). Cette région, située dans la partie supérieure du cerveau, est impliquée dans des fonctions cognitives complexes telles que la prise de décision, la mémoire de travail et la régulation des émotions.


Pour mieux comprendre ce lien anxiété/motivation, des chercheurs de l’équipe du Pr. Roberts à Cambridge se sont penché sur le rôle du cortex préfrontal. Ils ont étudié cette région chez des singes marmousets, en utilisant des techniques de neuromodulation pour activer ou inhiber le DLPFC. Les résultats ont montré que l’inactivation du cortex préfrontal diminuait la motivation pour des récompenses (l’aspect motivation) tout en augmentant la réactivité aux menaces (l’aspect anxiété), mais seulement lorsque cette inactivation se produisait dans l’hémisphère gauche. En allant plus loin, les chercheurs ont découvert que la kétamine, un antidépresseur à action rapide, pouvait bloquer les déficits de motivation observés. Sans rentrer dans le détail, l’équipe a poussé l’étude jusqu’à détailler les connexions du DLPFC avec d’autres aires cérébrales, et comment ces réseaux pouvaient raffiner ces comportements.


Ces résultats révèlent un réseau de régions préfrontales impliquées dans la régulation des émotions positives et négatives. Et cela va bien au-delà de la simple question de la motivation et de l’anxiété, puisque ces deux paramètres se retrouvent entremêlés dans une pathologie tristement connue : la dépression. Ainsi, cette étude pose l’hypothèse que la dépression résistante aux traitements pourrait être liée à un dérèglement du réseau cérébral au cœur duquel se trouve le cortex préfrontal dorsolatéral, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblant des régions spécifiques du cerveau.


Cette étude illustre comment la recherche fondamentale en neurosciences, utilisant l’animal, peut éclairer notre compréhension des troubles psychiatriques et guider le développement de nouvelles approches thérapeutiques. En identifiant des réseaux cérébraux spécifiques impliqués dans la dépression, les chercheurs ouvrent la voie à des interventions plus ciblées et potentiellement plus efficaces pour les patients qui ne répondent pas aux traitements actuels.

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