La testostérone change notre comportement : mythe ou réalité ?

La testostérone, tout le monde connaît, c’est l’hormone masculine, qui gonfle les muscles, rend agressif et fait prendre des risques inconsidérés. Du moins, c’est l’idée populaire qui en ressort, tout à fait en phase avec la plupart des données scientifiques. Et tout est là, dans ce terme de « la plupart ». Car la réalité est plus nuancée : si de nombreuses études montrent que prendre une dose de testostérone par simple spray nasal suffit à modifier le comportement, d’autres montrent strictement l’inverse. Alors, qui a raison ?
Pour répondre à ce vieux débat neuroscientifique, une équipe internationale a mené une expérience d’une ampleur inédite : 1 000 hommes, tirés au sort pour recevoir soit une dose de testostérone par spray nasal, soit un placebo, le tout en double aveugle. Trente minutes plus tard, les participants se sont lancés dans des jeux économiques mesurant la compétitivité, l’altruisme ou la prise de risque.
Résultat ? Strictement rien. Pas de différence entre le groupe testostérone et le groupe placebo. Avec un tel échantillon, impossible d’accuser un manque de puissance statistique : l’effet attendu n’était tout simplement pas là.
Faut-il en conclure que la testostérone ne joue aucun rôle ? Les chercheurs restent prudents : il se pourrait qu’elle influence le comportement dans d’autres conditions (doses, protocoles, ou chez les femmes). Mais cette étude balaie d’un revers plusieurs résultats très médiatisés de ces dernières années.
Au fond, ce travail met en lumière une crise plus large : celle de la reproductibilité scientifique. Quand chaque laboratoire mène « sa version » d’une expérience, utilise sa recette perso, difficile de savoir si un résultat est robuste ou juste un hasard. Mais c’est aussi comme ça que la science progresse, par essais, erreurs, contradictions et vérifications. C’est ce lent va-et-vient, parfois frustrant, qui permet de raffiner nos connaissances et de démêler les mythes des réalités.

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