
La création de nouveaux souvenirs implique tout un voyage dans le cerveau : d’abord stockés dans l’hippocampe, ils migrent peu à peu vers le néocortex pour y être conservés à long terme. Pourtant, certains souvenirs restent endormis des années durant, jusqu’à ce qu’un détail, une odeur, un lieu, les ramène à la surface. Les scientifiques pensent que des « marqueurs de rappel » permettraient cette réactivation, mais leur nature exacte demeurait jusqu’ici mystérieuse.
Une étude récente révèle l’existence, chez la souris, d’un petit groupe de neurones inhibiteurs producteurs de GABA, situés dans le cortex cingulaire antérieur (une région clé pour les émotions et la mémoire). Après un apprentissage, ces neurones maintiennent une activité discrète mais persistante pendant des semaines, même en l’absence de stimulus. En les activant artificiellement grâce à l’optogénétique (une technique qui utilise la lumière pour contrôler les neurones avec précision), les chercheurs ont pu « réveiller » chez les souris des souvenirs endormis. À l’inverse, leur désactivation bloquait spécifiquement le rappel de ces souvenirs. Ces neurones agiraient donc comme des marqueurs, des « étiquettes » naturelles, contrôlant l’accès aux traces mémorielles stockées.
Cette découverte chamboule notre compréhension des mécanismes de la mémoire : contrairement aux théories dominantes qui attribuaient le rappel des souvenirs à des neurones excitateurs, ce sont ici des neurones inhibiteurs qui joueraient un rôle clé. Ces interrupteurs inhibiteurs serviraient de système de classification pour retrouver une mémoire, un peu comme un système de sécurité qui « déverrouille » les souvenirs au bon moment.
