Gluten, blé et intestin : et si c’était dans la tête ?

Depuis plusieurs années, le gluten est pointé du doigt comme l’ennemi public numéro un des intestins sensibles. Des rayons entiers de supermarchés lui sont consacrés, et des millions de personnes ont banni pain, pâtes et céréales de leur assiette, convaincues que ces aliments aggravent leurs symptômes digestifs. Pourtant, une étude publiée dans The Lancet vient semer le doute : et si notre cerveau jouait un rôle aussi important que notre assiette dans la perception de ces maux ?
Une équipe de chercheurs canadiens a mené une expérience aussi simple qu’élégante : 29 patients atteints de syndrome de l’intestin irritable (à bien différencier de la maladie de cœliaque), persuadés que le gluten ou le blé déclenchait leurs symptômes, ont été soumis à trois régimes alimentaires en aveugle : l’un avec du blé, l’autre avec du gluten pur, et le dernier avec un placebo (sans gluten ni blé). Résultat ? Aucune différence significative dans l’aggravation des symptômes entre les trois groupes. Seuls une minorité de sujets se sont avérés montrer une sensibilité au gluten. Autrement dit, que les participants mangent du gluten, du blé ou rien de tout cela, leurs intestins réagissaient… de la même manière.
Comment expliquer ce phénomène ? Les chercheurs évoquent l’effet nocebo (l’inverse du placebo) : si un patient est convaincu qu’un aliment va lui faire du mal, son cerveau peut déclencher de vrais symptômes, même en l’absence de cause physique. À l’inverse, l’espoir d’un soulagement grâce à un régime restrictif peut améliorer temporairement son état, indépendamment de la réalité biologique. Mais l’étude revient sur le fait qu’il est important de pouvoir détecter ceux qui souffrent réellement de l’apport de gluten ! Une preuve de plus que notre relation à la nourriture est bien plus complexe qu’il n’y paraît.

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