
Erratum : Il y a quelques mois a été résumé dans Stimuli! une étude mettant en lumière des liens entre utilisation de Doliprane et autisme chez les enfants. Il s’agissait d’une méta-étude, des recherches considérées comme étant l’un des niveaux de preuve les plus solide, puisqu’elles agrègent plusieurs études et une grande quantité de données, parfois contradictoires.
Mais d’autres scientifiques, publiant des critiques et d’autres méta-études sur le même sujet, pointent du doigt des biais méthodologiques et statistiques. Notamment, une étude portant sur plus de 210 000 enfants montre en effet un lien entre autisme et paracétamol… mais dont les effets peuvent être expliqués par bien d’autres paramètres ! On appelle ceci des facteurs confondants (l’effet peut être causé par plusieurs causes, et peut aussi dépendre d’une autre cause encore inconnue), et toute interprétation péremptoire formulée souffrira alors d’un biais d’interprétation. Par exemple, une mère souffrant de douleurs chroniques aura tendance à prendre du paracétamol, et la douleur chronique est connue pour augmenter les risques d’autisme chez leurs enfants : ici, la pathologie de la mère ferait à la fois varier la prise de paracétamol et les risques d’autisme, mais le paracétamol et l’autisme ne sont pas directement liés l’un à l’autre.
—> Donc, à ce jour, aucune étude solide n’a établi de lien causal entre la consommation de paracétamol durant la grossesse et un risque accru d’autisme, comme le rappelle l’Agence Nationale de la Sécurité et du Médicament (ANSM).
Mais profitons de cette histoire pour aller plus loin, en quelques mots.
D’abord la bonne nouvelle : il est normal de voir des différences de résultats apparaître entre recherches. Et il est rassurant et sain de voir que, dans les cas les plus graves comme celui-ci (on parle de l’un des médicaments les plus consommés au monde !), la communauté scientifique se démène pour vérifier chaque donnée, questionner chaque modèle statistique, et critiquer chaque interprétation. C’est ce qui permet d’arriver à un consensus, ou à minima d’éviter les pièges et autres biais.
En effet, je dis souvent que le jeu préféré des scientifiques est de “casser” les recherches de ses collègues, et que c’est comme ça que marche la science. Si une théorie et les preuves qui l’accompagnent sont solides, et se rapprochent de la vérité, alors les critiques qui sont formulées à son égard ne devraient pas tenir. Si les critiques tiennent ? C’est qu’il faut revoir la théorie, travailler de nouvelles preuves, tester de nouveau, pour se rapprocher d’un résultat plus juste. C’est un processus normal, mais lent (et moralement complexe pour les scientifiques eux-mêmes, mais c’est un autre débat !).
Ensuite la mauvaise nouvelle : cette question de Doliprane et d’autisme a pris des proportions délirantes, avec des annonces du président américain Donald Trump pour conseiller aux femmes enceintes de ne pas en prendre, sans attendre la moindre validation scientifique. Et ça, c’est une mauvaise nouvelle, car science et politique font généralement assez mauvais ménage, la première étant sur le temps long, et la seconde sur l’instant présent. Pour mettre cela en perspective, et sans rentrer dans les détails, l’administration Trump mène une charge sans précédent contre la communauté scientifique dans son ensemble, et américaine en particulier. Cela mène à de plus en plus de décisions prises à l’emporte-pièce, avec de moins en moins de garde-fous.
Dans un monde de l’instantanéité où tout devient politique, il est plus que jamais urgent de prendre son temps ! De prendre le temps de se poser, de réfléchir, de critiquer, et, souvent, de se dire qu’on ne sait pas.
Pour conclure, je dirais qu’il faut rester alerte, curieux, sceptique, et bienveillant : les erreurs existent en science, et parfois ce n’est pas une erreur en tant que tel, mais simplement un pas de plus, qui même si c’est un faux pas, fait globalement avancer tant qu’on se laisse le temps de reprendre notre équilibre.
Tout le monde peut se tromper, et mieux vaut donc vérifier ce qu’on nous dit : preuve en est de cette news Stimuli! qui s’est avérée résumer un article aux résultats biaisés (merci au lecteur qui l’a remarqué !).
Conclusion ? Si une news de Stimuli! vous paraît trop étonnante, trop folle, impossible, ou plus simplement si votre curiosité ou votre doute vous titillent : vérifiez les sources, creusez le problème, et posez des questions à ceux qui peuvent décortiquer l’information avec vous. Et n’hésitez pas à m’écrire si le besoin s’en fait sentir !
