Psychose : quand le cerveau ne reconnait pas ses propres signaux

On comprend encore mal les troubles schizophréniques. L’une des théories expliquant ce type de troubles psychotiques propose que le cerveau aurait du mal à distinguer ce que notre corps produit (un mouvement, un toucher, un battement de cœur), de ce qui vient du monde extérieur. Cette confusion sensorielle pourrait nourrir certains symptômes, comme les hallucinations ou l’impression que ses propres actions ne nous appartiennent plus. Imaginez, si lorsque vous vous parlez à vous-même, vous n’avez pas la sensation que la voix intérieure que vous entendez vient de vous, cela peut être déstabilisant. Mais si cette théorie est vraie, il devrait être possible d’en voir des traces dans l’activité cérébrale, jusqu’aux toutes premières étapes de traitement de l’information sensorielle.
C’est justement ce qu’une équipe de chercheurs a voulu tester en comparant 35 patients psychotiques à 35 volontaires sains, placés en IRM pour mesurer l’activité cérébrale pendant différents tests sensoriels. Les protocoles passaient au crible la capacité à distinguer les sensations auto-générées comparé aux signaux externes, notamment les battements cardiaques et les sensations tactiles.
Le verdict est clair : chez les patients, certaines zones du cerveau, notamment le gyrus temporal, une région clé du traitement sensoriel et social, s’activent davantage lors d’un simple toucher auto-produit, comme si ce geste était moins “prévisible” (i.e. pour les patients, se toucher soi même est presque une surprise). Même la moelle épinière ne marque plus clairement la différence entre un stimulus produit par soi et un stimulus externe. Le tout était accompagné de capacités interoceptives (la perception interne du corps) moins précises.
En bref, le trouble du “soi corporel” en psychose apparaît jusque dans les couches les plus précoces du traitement de l’information sensorielle. Les chercheurs rappellent que comprendre la psychose, c’est aussi explorer le corps, les sensations et l’intégration sensorielle, pas seulement les pensées ou la cognition. Cela ouvre potentiellement la voie à de nouvelles approches thérapeutiques ciblant la perception de soi, un terrain encore largement sous-exploité.

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