Remettre des souris de labo dans la nature suffirait à les guérir de l’anxiété

Parfois, les réponses les plus simples mènent à des réflexions d’ampleur. C’est le cas ici d’une question en apparence évidente : les souris de laboratoire sont-elles élevées dans un milieu qui les rend anxieuses ? En d’autres termes, remettre ces souris dans un environnement naturel et riche en stimulations pourrait-il réduire leur anxiété ?
C’est le thème d’un article paru récemment dans Current Biology, un journal connu pour mettre en avant des protocoles comportementaux simples, mais aux retombées redoutablement efficaces. Ici, des souris adultes, issues d’un élevage de laboratoire on ne peut plus classique, ont d’abord passé un test dans un labyrinthe surélevé, jouant sur la peur naturelle de tomber, et permettant aux chercheurs de mesurer l’anxiété des animaux. Dans ce type d’environnement, les souris explorent l’ensemble du labyrinthe (la phase de découverte), puis se cantonnent ensuite aux zones avec des murs, c’est-à-dire celles qui les protègent de la chute (imaginez-vous en haut de la tour Eiffel, mais sans parapets). Elles sont ensuite transférées dans un grand enclos pour souris, où liberté, nature, et surtout variété des découvertes sont les maîtres mots. Après une semaine passée à se gorger de nouvelles sensations et à découvrir de nouvelles stimulations, les souris repassent le même test du labyrinthe surélevé : l’anxiété des animaux a disparu, et elles visitent l’ensemble du labyrinthe comme si c’était leur première visite, un comportement que même les antidépresseurs ne parviennent pas à induire.
Conclusion, il suffirait de nature, de liberté et surtout de diversité pour réduire l’anxiété. Ce résultat est évident et était, d’une certaine façon, connu de longue date : on parle depuis longtemps de l’enrichissement des espaces pour les rongeurs, en leur donnant par exemple des jouets. Mais la simplicité et la radicalité de l’expérimentation montrent sans détour que la façon dont nous étudions le comportement en laboratoire est très, voire trop, séparée de la réalité du monde biologique. Il est important pour les chercheurs de bien délimiter ce qui correspond à l’étude écologique du comportement (quasi inné, sans pression artificielle) du réductionnisme scientifique, où l’on étudie un mécanisme unique, séparé des autres, et dont les résultats sont indirectement liés à la complexité du monde réel. Les deux sont utiles, mais bien souvent mis dans le même sac.
Enfin, et pour amener une information plus tangible que des questions épistémologiques, les chercheurs suggèrent que ces résultats sur des modèles souris résonnent avec des données psychologiques modernes : la (sur)protection des plus jeunes, la réduction de la diversité des stimulations, et surtout des dangers maîtrisables pendant le développement, qui seraient une source majeure de l’augmentation de l’anxiété chez les enfants. Faudrait-il pour nos enfants aussi redonner liberté, nature et une touche de frisson ?

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