
À quel moment peut-on parler de raisonnement chez un animal ? Dans notre quotidien, réviser une croyance semble évident : on a une idée, puis une nouvelle information arrive, plus solide, et l’on change d’avis. Cette capacité à ajuster ce que l’on pense en fonction de la force des preuves est un pilier de la rationalité humaine. Mais cette compétence appartient-elle uniquement au seul Homo sapiens ?
C’est la question qu’une équipe internationale de chercheurs a voulu trancher, en explorant la capacité des chimpanzés à mettre à jour leurs croyances de façon rationnelle. Pour cela, ils ont mis en place une expérience simple : les chimpanzés devaient choisir entre deux boîtes, dont une seule contenait de la nourriture. D’abord, un indice leur indiquait quelle boîte était (probablement) la bonne. Plus tard, les chercheurs présentaient un second indice, plus ou moins fiable, qui désignait l’autre boîte. Face à un indice à la fiabilité douteuse, les primates conservaient leur croyance initiale, mais face à un indice plus convaincant, beaucoup de chimpanzés changeaient alors d’avis. Autrement dit, ils ne réagissaient pas simplement à ce qui était le plus récent ou le plus facile à voir : ils pesaient la crédibilité des informations, exactement comme le ferait un humain raisonnant de manière flexible. Pour s’en assurer, les chercheurs ont combiné ces observations à des simulations mathématiques de croyances calquées sur l’Humain : les décisions des chimpanzés correspondaient à des schémas proches de ceux que l’on connaît chez l’humain.
Ce travail remet en question une idée tenace : que raisonner en fonction des preuves serait une capacité strictement humaine. Au contraire, ces résultats s’inscrivent dans une vision évolutive plus continue de la cognition : humains et chimpanzés partageraient une architecture mentale capable d’évaluer la qualité de l’information et d’ajuster leurs choix en fonction. Une compétence que l’on pensait réservée à notre espèce… mais que nos cousins semblent maîtriser eux aussi.
